Quelle formation pour allier électronique et génie civil ?

L’évolution du secteur de la construction vers des infrastructures intelligentes et connectées transforme profondément les besoins en compétences. Les professionnels capables de maîtriser à la fois l’électronique et le génie civil deviennent des profils particulièrement recherchés par les entreprises. Cette convergence technologique ouvre de nouvelles perspectives professionnelles dans un marché en pleine mutation, où la digitalisation des chantiers et l’intégration de systèmes automatisés redéfinissent les métiers traditionnels du BTP.

Cette double expertise répond aux enjeux actuels de l’industrie 4.0 appliquée au secteur de la construction. Les bâtiments intelligents, la surveillance d’ouvrages par capteurs et l’automatisation des processus de construction nécessitent des ingénieurs formés aux technologies numériques autant qu’aux fondamentaux structurels. Comment acquérir cette polyvalence technique recherchée par les employeurs ?

Formations diplômantes en ingénierie électronique et génie civil

Le paysage académique français propose plusieurs parcours permettant d’acquérir cette double compétence technique. Ces formations visent à former des ingénieurs polyvalents, capables d’intervenir sur des projets intégrant électronique et construction dans une approche systémique.

Cursus double diplôme INSA lyon électronique-génie civil

L’INSA Lyon développe un programme innovant permettant aux étudiants d’obtenir une double certification en électronique et génie civil sur un cursus de 6 ans. Cette formation approfondie combine les fondamentaux de l’électronique embarquée avec les techniques de construction modernes. Les étudiants bénéficient d’une approche pédagogique intégrée mêlant projets pluridisciplinaires et stages en entreprise spécialisée.

Le programme intègre des modules spécialisés en domotique, automatisme industriel et systèmes de surveillance structurelle. Les diplômés acquièrent une expertise technique pointue leur permettant de concevoir des solutions électroniques adaptées aux contraintes du génie civil, notamment en matière de résistance aux conditions environnementales extrêmes.

Programme ingénieur polytech spécialisation domotique et BTP

Le réseau Polytech propose une spécialisation unique conjuguant électronique et génie civil à travers son parcours « Systèmes Électroniques et BTP ». Cette formation de 3 ans après un bac+2 scientifique se concentre sur l’intégration de systèmes électroniques dans les infrastructures de construction. Les enseignements couvrent la conception de réseaux de capteurs pour le monitoring structural et les systèmes de gestion technique du bâtiment.

Les projets pratiques incluent le développement de solutions IoT pour chantiers connectés et la mise au point d’interfaces homme-machine pour équipements de construction automatisés. Cette approche hands-on prépare efficacement aux défis technologiques actuels du secteur.

Master conjoint électrotechnique et structures intelligentes

Plusieurs universités françaises développent des masters recherche combinant électrotechnique et génie civil. Ces programmes de 2 ans après un bachelor scientifique forment des spécialistes de l’intégration électronique dans les structures. Le cursus approfondit les aspects théoriques de l’électromagnétisme appliqué aux matériaux de construction et les techniques de caractérisation non destructive par méthodes électroniques.

Les étudiants réalisent des travaux de recherche sur l’incorporation de fibres optiques dans les bétons ou le développement d’algorithmes de traitement du signal pour l’analyse vibratoire

des ponts, des bâtiments ou des ouvrages hydrauliques. Ce type de master s’adresse particulièrement aux étudiants qui envisagent une carrière en R&D, en bureaux d’études avancés ou en thèse CIFRE dans le domaine des structures intelligentes. Les partenariats avec les laboratoires publics (CNRS, IFSTTAR / Université Gustave Eiffel, écoles d’ingénieurs) permettent de travailler sur des cas concrets : ponts instrumentés, monitoring de bâtiments existants, prototypes de modules de façades connectées.

Sur le plan pédagogique, vous alternez cours théoriques poussés (modélisation multi-physique, propagation d’ondes, optimisation numérique) et expérimentations en laboratoire. Vous apprenez à spécifier, choisir et intégrer des composants électroniques dans une structure en béton ou en acier, tout en maîtrisant les normes du génie civil. Cette vision « du capteur au modèle numérique de l’ouvrage » est exactement ce que recherchent les employeurs pour leurs projets de construction intelligente.

Formation continue CNAM automatisme industriel et construction

Pour les professionnels déjà en poste dans le BTP ou l’industrie, le CNAM propose des unités d’enseignement et des certificats de spécialisation mêlant automatisme industriel, électronique de puissance et construction. Ces formations modulaires, souvent organisées en soirée ou en formation à distance, permettent d’acquérir progressivement une double compétence sans interrompre son activité. Elles sont adaptées aussi bien aux techniciens supérieurs qu’aux ingénieurs souhaitant se réorienter vers les infrastructures intelligentes.

Concrètement, vous pouvez combiner des UE de systèmes automatisés, d’automates programmables industriels (API/PLC), de capteurs et instrumentation, avec des UE en génie civil (béton armé, fondations, pathologies des structures). Les projets tutorés portent fréquemment sur la mise en place de systèmes de supervision de bâtiments, l’automatisation de postes de production de préfabrication ou l’instrumentation de ponts et tunnels. Pour une reconversion vers des métiers comme conducteur de travaux connecté ou technicien en monitoring structurel, ce type de parcours CNAM offre un bon compromis entre théorie et application terrain.

Technologies émergentes à l’intersection électronique-génie civil

Choisir une formation qui allie électronique et génie civil, c’est aussi se positionner sur les technologies émergentes qui transforment le secteur. Capteurs IoT, béton intelligent, intelligence artificielle pour le diagnostic : ces innovations sont en train de devenir le quotidien des ingénieurs. Comprendre comment elles fonctionnent et comment les intégrer dès aujourd’hui, c’est prendre une longueur d’avance sur le marché de l’emploi.

Ces technologies reposent toutes sur la même logique : instrumenter les ouvrages, collecter des données fiables, puis les exploiter pour améliorer la sécurité, la durabilité et la performance énergétique. On passe d’un bâtiment « inerte » à une infrastructure qui mesure son propre état, alerte en cas d’anomalie et dialogue avec son environnement. Comment vous positionner sur ces sujets dès vos études ou votre reconversion ? En ciblant des parcours où ces thèmes sont réellement intégrés au programme, et pas seulement traités en option.

Systèmes de monitoring structural par capteurs IoT

Les systèmes de monitoring structural utilisent des réseaux de capteurs IoT (Internet des objets) placés sur les structures pour suivre en temps réel leur comportement. Ils mesurent par exemple les déformations, vibrations, températures ou taux d’humidité d’un pont, d’un viaduc ou d’un immeuble. Dans un contexte où la France compte plus de 200 000 ponts à surveiller, ces solutions deviennent indispensables pour optimiser la maintenance et prévenir les risques.

Pour travailler sur ces systèmes, il faut maîtriser à la fois la physique des structures et l’architecture électronique : choix des capteurs (accéléromètres, jauges de déformation, capteurs de corrosion), alimentation basse consommation, communication sans fil (LoRaWAN, NB-IoT, 4G/5G), plateformes de collecte et visualisation des données. Les formations hybrides électronique–génie civil vous permettent de comprendre non seulement ce que l’on mesure, mais aussi pourquoi et comment utiliser les résultats dans un modèle de calcul de structure ou un jumeau numérique BIM.

Béton intelligent intégrant fibres optiques et piézocapteurs

Le béton intelligent, ou « béton instrumenté », intègre directement dans sa matrice des fibres optiques, des piézocapteurs ou des réseaux de capteurs distribués. On obtient ainsi un matériau capable de « sentir » ses contraintes, ses fissurations débutantes ou les variations de température. C’est un peu comme si l’ouvrage disposait d’un système nerveux, capable de transmettre son état de santé en continu aux ingénieurs.

Ce domaine fait appel à des compétences pointues en science des matériaux, en optoélectronique et en mécanique des structures. Vous y apprendrez par exemple à coller ou enrober des fibres optiques FBG (fibre Bragg grating) dans des poutres ou dalles, à calibrer les réponses des capteurs et à interpréter les signaux dans un logiciel de calcul. Les ingénieurs formés sur ces sujets peuvent ensuite évoluer dans des bureaux d’études, des centres de R&D de grands groupes ou des startups spécialisées dans les matériaux de construction de nouvelle génération.

Réseaux de capteurs sans fil pour surveillance d’ouvrages d’art

Les réseaux de capteurs sans fil (Wireless Sensor Networks – WSN) permettent de couvrir de grandes structures – ponts, barrages, tunnels – avec un minimum de câblage. Chaque nœud capteur mesure un paramètre (vibration, ouverture de fissure, inclinaison) puis transmet ses données à une passerelle, qui les envoie vers un serveur ou un cloud. L’avantage ? Une installation plus rapide et moins intrusive, particulièrement adaptée aux ouvrages existants.

Pour concevoir ces réseaux, vous devez combiner des notions de radiofréquences, de protocoles de communication, de cybersécurité et de modélisation structurelle. Les formations qui allient électronique embarquée, télécoms bas débit et génie civil vous donnent les clés pour dimensionner le réseau (densité de capteurs, positionnement), garantir la fiabilité des données malgré les perturbations et intégrer ces informations dans un système de gestion de patrimoine d’infrastructures. C’est un champ en pleine expansion, porté par les plans de rénovation des ouvrages d’art à l’échelle européenne.

Intelligence artificielle appliquée au diagnostic structurel

L’intelligence artificielle (IA) s’invite de plus en plus dans le diagnostic structurel. À partir de signaux vibratoires, d’images issues de drones ou de séries de mesures multi-capteurs, des algorithmes de machine learning peuvent détecter des anomalies, prédire l’évolution de fissures ou estimer la durée de vie résiduelle d’un ouvrage. L’objectif est de passer d’une maintenance réactive à une maintenance prédictive, beaucoup plus économique et sécurisante.

Pour vous positionner sur ce créneau, il est utile de compléter vos compétences en génie civil et électronique par des bases solides en data science : traitement du signal, vision par ordinateur, modèles de classification et de régression, réseaux de neurones. De plus en plus d’écoles d’ingénieurs et de masters proposent des modules « IA pour le BTP » ou « data pour la construction ». Si vous aimez autant coder que calculer une structure, ces enseignements constituent un vrai levier pour accéder à des postes de data engineer infrastructures ou d’ingénieur en diagnostic assisté par IA.

Compétences techniques transversales recherchées par les employeurs

Au-delà du nom de la formation, ce sont les compétences concrètes que vous maîtrisez qui feront la différence sur le marché de l’emploi. Les employeurs recherchent avant tout des profils capables de dialoguer avec plusieurs métiers : structure, électricité, automatisme, IT, exploitation. Vous devez être à l’aise avec les plans de béton armé comme avec un schéma de câblage, un automate ou une interface web de supervision.

Parmi les compétences transversales les plus recherchées, on retrouve : la modélisation 3D/BIM, la programmation de cartes électroniques (Arduino, STM32…), la configuration de systèmes de GTB/GTC, la lecture et la rédaction de CCTP mêlant lots techniques et gros œuvre, ou encore la capacité à analyser un jeu de données de capteurs pour en tirer des décisions de maintenance. Les recruteurs apprécient particulièrement les candidats qui peuvent démontrer ces savoir-faire à travers des projets concrets, des stages ou une alternance.

Si vous visez une formation pour allier électronique et génie civil, veillez à vérifier les points suivants dans le programme : présence de projets pluridisciplinaires, usage d’outils professionnels (Revit, Robot, Eplan, TwinCAT…), volume horaire en électronique numérique et analogique, place donnée aux capteurs, à l’IoT et au BIM. N’hésitez pas à interroger les écoles sur les partenariats industriels et les sujets de projets proposés : sont-ils vraiment centrés sur les bâtiments intelligents et les infrastructures connectées ou restent-ils très classiques ?

Secteurs d’application professionnelle des profils hybrides

Les débouchés pour les ingénieurs et techniciens qui allient électronique et génie civil sont nombreux et variés. On les retrouve aussi bien dans les grands groupes du BTP que dans les équipementiers, les sociétés d’ingénierie ou les startups de la construction tech. Cette diversité vous permet de construire un parcours à votre image : plutôt terrain et chantier, plutôt bureau d’études, ou très orienté innovation et R&D.

On peut distinguer plusieurs grands secteurs d’application : les bureaux d’études et directions techniques de majors comme Vinci ou Bouygues, les entreprises spécialisées dans la domotique et les bâtiments connectés, les sociétés d’ingénierie d’infrastructure comme Egis ou Setec, et un écosystème en pleine effervescence de startups PropTech et ConTech. Chacun de ces milieux valorise différemment la double compétence électronique–génie civil, mais tous y voient un atout stratégique.

Bureaux d’études techniques vinci construction et bouygues

Au sein de Vinci Construction, Bouygues Construction ou Eiffage, les bureaux d’études techniques développent de plus en plus de solutions intégrant capteurs, GTB et jumeaux numériques. Les ingénieurs capables de comprendre la structure d’un ouvrage tout en spécifiant son système d’instrumentation sont particulièrement recherchés. Vous pouvez y occuper des postes d’ingénieur études structures connectées, de référent monitoring ou de responsable innovation digitale.

Concrètement, votre quotidien peut consister à définir les capteurs à installer sur un pont à haubans, à participer à la mise en place de plateformes de suivi en temps réel des chantiers ou à travailler sur l’intégration de systèmes d’accès intelligents dans des immeubles tertiaires. La connaissance du terrain de chantier est un atout majeur : les solutions électroniques doivent être robustes, faciles à poser, maintenables et compatibles avec les contraintes du gros œuvre et du second œuvre.

Entreprises de domotique et bâtiments connectés schneider electric

Des acteurs comme Schneider Electric, Siemens, Legrand ou Hager jouent un rôle central dans le développement des bâtiments intelligents. Ils conçoivent les systèmes de gestion technique du bâtiment (GTB), de mesure énergétique, de contrôle d’accès, d’éclairage intelligent ou de HVAC piloté. Pour ces entreprises, les profils qui comprennent aussi bien la logique de la GTB que les contraintes d’un chantier de construction sont précieux.

Vous pouvez y occuper des fonctions d’ingénieur d’application, de building automation engineer ou de chef de projet bâtiment connecté. Votre rôle sera alors de concevoir les architectures de systèmes, de paramétrer les automates et les superviseurs, mais aussi de dialoguer avec les architectes, les entreprises de gros œuvre et les maîtres d’ouvrage. Une maîtrise des bus de communication (KNX, Modbus, BACnet), combinée à une bonne compréhension des normes du bâtiment, vous donnera un positionnement très compétitif.

Sociétés d’ingénierie infrastructure egis et setec

Les grands groupes d’ingénierie comme Egis, Setec, Artelia ou Systra interviennent sur des projets d’infrastructures de grande ampleur : lignes ferroviaires, métros, ponts, tunnels, barrages, réseaux urbains. La tendance de fond est à l’instrumentation systématique des ouvrages et à la constitution de jumeaux numériques, afin de mieux suivre leur comportement et d’optimiser leur exploitation.

Dans ce contexte, les ingénieurs ayant une spécialisation en génie civil et électronique peuvent se positionner sur des postes d’ingénieur monitoring structurel, d’ingénieur systèmes pour infrastructures intelligentes ou de spécialiste capteurs et data. Vous serez amené à participer aux études de conception, à définir les systèmes de mesures, à piloter leur déploiement sur le terrain, puis à analyser les données sur le long terme. C’est un environnement idéal si vous souhaitez travailler sur des projets d’envergure internationale.

Startups spécialisées en construction tech et PropTech

L’écosystème des startups ConTech et PropTech se développe rapidement en France et en Europe. Il regroupe des entreprises qui développent des solutions de suivi de chantier par capteurs, de suivi énergétique temps réel, de maintenance prédictive d’ouvrages, de digitalisation des opérations de construction, ou encore de nouveaux matériaux intelligents. Ces structures recherchent des profils polyvalents, capables de passer du prototype électronique au test sur chantier.

Rejoindre une startup peut vous permettre de prendre rapidement des responsabilités : conception produit, tests terrain, relation avec les premiers clients, encadrement d’équipes techniques. Vous serez souvent amené à faire le lien entre développeurs logiciels, électroniciens, ingénieurs structures et professionnels de chantier. Si vous avez l’esprit entrepreneurial et que vous souhaitez participer à la transformation numérique du BTP, ce type d’environnement est particulièrement adapté à un profil hybride électronique–génie civil.

Certifications professionnelles complémentaires KNX et BIM

En complément d’un diplôme en électronique et génie civil, certaines certifications professionnelles peuvent renforcer nettement votre employabilité. Elles attestent de votre maîtrise d’outils ou de normes devenus incontournables pour les bâtiments intelligents et les projets de construction connectés. Deux références se détachent particulièrement : la certification KNX pour les systèmes domotiques et la certification BIM (Building Information Modeling) pour la maquette numérique.

La certification KNX Partner valide votre capacité à concevoir, programmer et mettre en service des installations domotiques basées sur le standard international KNX. Elle est reconnue par de nombreux acteurs comme Schneider Electric ou Hager. Combinée à une bonne compréhension des contraintes de structure et de chantier, elle vous positionne comme un interlocuteur clé pour les projets de logements et tertiaires connectés. La formation peut être suivie en quelques jours, mais nécessite une bonne base en électricité et en communication de bus.

Côté maquette numérique, les certifications BIM (par exemple BIM Manager, BIM Modeleur Revit, ou les labels proposés par Mediaconstruct / buildingSMART) prouvent votre capacité à intégrer données structurelles, réseaux techniques et capteurs dans un modèle 3D partagé. Pour un profil qui allie électronique et génie civil, c’est l’occasion de se positionner comme référent des données techniques au sein des équipes projet : vous comprenez les contraintes des ouvrages, les systèmes électroniques embarqués, et savez les représenter et les exploiter dans un environnement collaboratif.

En pratique, vous pouvez planifier ces certifications en fin de cursus d’ingénieur, en début de carrière ou dans le cadre d’un projet de reconversion. Elles se préparent souvent via des centres de formation spécialisés, parfois finançables par le CPF ou dans le cadre d’un plan de développement des compétences. En combinant un diplôme solide en électronique–génie civil, une première expérience de terrain et une ou deux certifications ciblées, vous construisez un profil rare, immédiatement opérationnel pour les infrastructures intelligentes et les bâtiments connectés.

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