Comprendre le parcours LMD dans l’enseignement supérieur

L’architecture universitaire européenne repose aujourd’hui sur un système d’harmonisation qui a profondément transformé l’organisation des études supérieures. Le parcours LMD, acronyme de Licence-Master-Doctorat, constitue désormais le cadre de référence pour plus de 48 pays participants à l’espace européen de l’enseignement supérieur. Cette structuration facilite la mobilité estudiantine, simplifie la reconnaissance des qualifications et offre une lisibilité internationale aux diplômes. Avec plus de 86% des établissements français adoptant pleinement ce système depuis 2006, comprendre ses mécanismes devient essentiel pour tout étudiant envisageant un parcours universitaire. Ce système repose sur une logique de crédits capitalisables et transférables, permettant une flexibilité inédite dans la construction des parcours académiques. Découvrons comment cette organisation tripartite structure les études supérieures et quels avantages elle offre aux étudiants contemporains.

Genèse et architecture du système LMD : de la déclaration de bologne à l’harmonisation européenne

Le processus de bologne (1999) et les 46 pays signataires de l’espace européen de l’enseignement supérieur

Le 19 juin 1999, vingt-neuf ministres européens de l’éducation se réunissent à Bologne pour signer une déclaration qui révolutionnera l’enseignement supérieur. Cette initiative visait à créer un espace européen cohérent favorisant la compétitivité internationale des universités européennes. Initialement limité à 29 pays, le processus compte aujourd’hui 48 États participants, dépassant largement les frontières de l’Union européenne pour inclure la Russie, la Turquie ou encore la Géorgie. Les objectifs fondamentaux comprenaient l’adoption d’un système de grades facilement comparables, la promotion de la mobilité étudiante et enseignante, ainsi que l’assurance qualité dans l’enseignement supérieur. Cette démarche répondait à une nécessité économique : dans un contexte de mondialisation croissante, l’Europe devait renforcer l’attractivité de ses universités face aux systèmes anglo-saxons.

Structure tripartite : licence (180 ECTS), master (120 ECTS), doctorat (variable selon les disciplines)

L’architecture LMD repose sur trois cycles clairement définis, chacun correspondant à un grade universitaire spécifique. La Licence, premier palier, s’obtient après validation de 180 crédits ECTS répartis sur six semestres, soit trois années d’études post-baccalauréat. Ce premier cycle vise l’acquisition de connaissances fondamentales et transversales dans une discipline. Le Master, deuxième niveau, requiert 120 crédits ECTS supplémentaires distribués sur quatre semestres, portant le total à 300 crédits depuis l’entrée dans l’enseignement supérieur. Ce cycle approfondit la spécialisation et développe des compétences professionnelles ou de recherche avancées. Le Doctorat, grade le plus élevé, s’étend généralement sur trois ans minimum, bien que sa durée puisse varier selon les disciplines scientifiques. Contrairement aux deux premiers cycles, le nombre de crédits ECTS du doctorat n’est pas uniformisé, la validation dépendant principalement de la soutenance d’une thèse originale contribuant à l’avancement des connaissances.

Système européen de transfert et d’accumulation de crédits (ECTS) : calcul et validation

Le système ECTS constitue l’ossature technique du LMD, permett

tant à la fois de mesurer le volume de travail de l’étudiant et de garantir la comparabilité des diplômes. Une année d’études à temps plein correspond à 60 crédits ECTS, soit généralement entre 1 500 et 1 800 heures de travail, incluant cours magistraux, travaux dirigés, travaux pratiques et travail personnel. Un semestre validé équivaut ainsi à 30 crédits, attribués après réussite aux évaluations prévues (contrôle continu, partiels, projets, stages). Les crédits sont capitalisables : une UE obtenue l’est définitivement, même en cas de réorientation. Ils sont aussi transférables d’un établissement à l’autre, en France comme en Europe, ce qui permet par exemple de valider un semestre Erasmus sans perdre d’année.

Transposition du LMD dans le système français : décret du 8 avril 2002 et arrêté Licence-Master-Doctorat

En France, la mise en œuvre concrète du système LMD repose sur un cadre réglementaire précis. Le décret du 8 avril 2002 relatif aux grades et titres universitaires a posé les bases de la nouvelle architecture en trois cycles, en remplaçant progressivement les anciens diplômes (DEUG, maîtrise, DEA, DESS) par les grades de Licence, Master et Doctorat. Il a été complété par l’arrêté Licence-Master-Doctorat qui définit la structure des diplômes, la durée des cycles, ainsi que les règles d’accréditation des formations par le ministère de l’Enseignement supérieur.

À partir de 2003-2004, les universités françaises ont donc progressivement réorganisé leurs maquettes pédagogiques pour les aligner sur cette nouvelle logique de semestres et de crédits. Ce chantier a été considérable : il a impliqué la redéfinition des contenus d’enseignements, la création de parcours types et la mise en place de nouvelles modalités d’évaluation adaptées au système ECTS. Depuis 2006, l’immense majorité des formations universitaires est pleinement inscrite dans le schéma LMD, ce qui permet aujourd’hui aux étudiants de bénéficier de passerelles plus lisibles, de doubles diplômes et d’une meilleure reconnaissance internationale de leurs cursus.

Organisation pédagogique et modalités d’évaluation dans le cursus LMD

Semestres académiques et unités d’enseignement (UE) : fondamentales, transversales et optionnelles

Concrètement, comment se traduit le système LMD dans votre quotidien d’étudiant ? D’abord par une organisation des études en semestres, chacun structuré autour de plusieurs unités d’enseignement (UE). Une UE regroupe des éléments cohérents sur le plan scientifique et pédagogique : cours magistraux, TD, TP, projets tutorés, stages, etc. Chaque UE est affectée d’un certain nombre de crédits ECTS, proportionnel au volume global de travail requis, et d’un coefficient qui compte dans la moyenne du semestre.

On distingue généralement trois grands types d’UE dans un parcours LMD. Les UE fondamentales constituent le cœur disciplinaire de la formation (droit civil en L1 Droit, analyse en L1 Mathématiques, physiologie en L1 STAPS…). Les UE transversales développent des compétences communes à de nombreuses filières : langues vivantes, compétences numériques, méthodologie du travail universitaire, culture générale. Enfin, les UE optionnelles ou d’ouverture permettent de personnaliser votre cursus (découverte d’une autre discipline, renforcement dans une matière clé, initiation à un nouveau champ professionnel). Cette architecture modulaire rend le parcours plus souple et plus facilement ajustable en cas de changement d’orientation.

Contrôle continu intégral versus examens terminaux : coefficient et compensation semestrielle

La validation des semestres dans le système LMD repose sur des règles d’évaluation claires, mais qui peuvent varier d’une université à l’autre. Certaines formations privilégient le contrôle continu intégral : vos notes proviennent alors de devoirs surveillés, de QCM, d’exposés, de dossiers ou de projets répartis tout au long du semestre. D’autres conservent des examens terminaux en fin de semestre, souvent sous forme d’épreuves écrites ou orales, complétés éventuellement par du contrôle continu. Dans tous les cas, chaque matière se voit attribuer un coefficient qui pèse dans la note de l’UE, puis dans la moyenne du semestre.

La plupart des universités appliquent un système de compensation. Cela signifie qu’un semestre peut être validé même si certaines UE sont en dessous de 10/20, à condition que la moyenne générale du semestre atteigne au moins 10/20, pondérée par les coefficients. La compensation peut parfois être semestrielle (entre UE d’un même semestre) et/ou annuelle (entre les deux semestres de l’année), selon les règlements d’examen. Pour vous, cela ouvre une marge de manœuvre : une faiblesse ponctuelle dans une UE peut être compensée par de bons résultats dans les autres. En revanche, certaines UE jugées indispensables (langues, stages, UE professionnelles) peuvent être non compensables et doivent être obtenues individuellement.

Capitalisation définitive des UE acquises et portabilité des crédits ECTS

Un des atouts majeurs du LMD réside dans la capitalisation des UE. Dès qu’une UE est validée avec une note égale ou supérieure à 10/20, elle est définitivement acquise, avec les crédits ECTS correspondants. Même en cas de redoublement, de réorientation ou de changement d’établissement, vous conservez ces crédits. Ainsi, si vous décidez de passer d’une licence de Lettres modernes à une licence d’Histoire après la L1, les UE de langue, de méthodologie ou d’options communes pourront, selon les cas, être reconnues et intégrées dans votre nouveau parcours.

La portabilité des crédits ECTS est au cœur de la liberté de circulation entre formations, universités et pays. Lors d’un séjour d’études à l’étranger (dans le cadre d’Erasmus+, par exemple), un contrat d’études est établi entre votre université d’origine, l’université d’accueil et vous-même. Il précise les UE suivies et le nombre de crédits associés. Une fois le semestre ou l’année validé dans l’établissement d’accueil, vos crédits sont transférés et intégrés dans votre cursus français, sans rallongement de durée. Là encore, tout se joue dans l’anticipation : plus vos choix d’UE sont cohérents avec votre projet, plus la reconnaissance sera fluide.

Suppléments au diplôme et relevés de notes : outils de lisibilité internationale

Pour rendre vos études lisibles à l’étranger, le système LMD s’appuie aussi sur des documents normalisés. Le supplément au diplôme (ou Diploma Supplement) est un document descriptif remis en complément de votre diplôme de Licence, Master ou Doctorat. Il détaille la nature de la formation, le niveau d’études, les principales UE suivies, les compétences acquises et le positionnement du diplôme dans le système national. Rédigé en français et souvent en anglais, il facilite l’évaluation de votre profil par une université étrangère ou un employeur international.

Les relevés de notes semestriels jouent également un rôle clé dans la lisibilité du parcours LMD. Ils mentionnent pour chaque UE la note obtenue, le nombre de crédits ECTS, ainsi que les éléments constitutifs (EC) qui la composent. Certains établissements ajoutent une échelle de conversion ou une indication de rang dans la promotion, utile lors de candidatures dans des systèmes éducatifs différents. Au final, ces outils documentaires fonctionnent un peu comme la “carte d’identité” de votre cursus universitaire, en rendant vos résultats compréhensibles au-delà des frontières nationales.

Parcours licence : professionnalisation et orientation progressive

Licence générale versus licence professionnelle : insertion professionnelle immédiate ou poursuite d’études

Le premier cycle du LMD, la Licence, constitue votre porte d’entrée dans l’enseignement supérieur. On distingue deux grandes familles de diplômes : la Licence générale et la Licence professionnelle

La Licence professionnelle, elle, se déroule sur un an après un bac+2 (BTS, BUT2, L2, etc.) et affiche un objectif clair : une insertion professionnelle rapide. Les contenus sont conçus avec les branches professionnelles, les périodes de stage sont longues (souvent 12 à 16 semaines), et l’alternance est fréquente. Vous hésitez entre les deux ? Posez-vous la question de votre horizon à moyen terme : souhaitez-vous entrer rapidement sur le marché du travail avec un diplôme ciblé, ou conserver un maximum de possibilités de poursuite d’études en Master et, éventuellement, jusqu’au Doctorat ?

Mentions disciplinaires et parcours types : exemples en droit, sciences économiques, STAPS

Chaque Licence est organisée en mention disciplinaire, elles-mêmes déclinées en parcours types. Prenons l’exemple d’une licence de Droit. En L1 et L2, vous étudierez les grands champs du droit (droit civil, droit constitutionnel, histoire du droit, introduction au droit pénal, etc.) ainsi que des UE transversales (langue, informatique, méthodologie juridique). En L3, des parcours plus spécialisés apparaissent : droit privé, droit public, droit international, par exemple. Cette spécialisation progressive vous permet de tester plusieurs domaines avant de vous engager.

En licence de Sciences économiques et de gestion, les premières années mêlent microéconomie, macroéconomie, statistiques, comptabilité, management et mathématiques appliquées. Puis, selon le parcours choisi (économie internationale, finance, gestion, économie publique), certaines UE deviennent prépondérantes. En STAPS, la structure est comparable : une base scientifique (anatomie, physiologie, biomécanique), une approche pluridisciplinaire (psychologie, sociologie du sport, didactique) et des parcours en L3 (éducation et motricité, entraînement sportif, management du sport, activité physique adaptée). Dans tous les cas, les parcours types proposés par les maquettes servent de guide, mais peuvent être modulés par des choix d’options ou d’UE d’ouverture.

Dispositifs d’accompagnement : tutorat, réorientation en L1 et passerelles interdisciplinaires

La première année de Licence (L1) est souvent perçue comme une année de transition, parfois délicate, entre le lycée et l’université. Conscientes de ces enjeux, les universités ont développé de nombreux dispositifs d’accompagnement. Le tutorat, assuré par des étudiants plus avancés ou par des enseignants, vous aide à acquérir la méthodologie du travail universitaire, à organiser vos révisions et à mieux comprendre les attentes des évaluations. Des cours de soutien ou des “licences à rythme adapté” peuvent également être proposés, notamment pour les bacheliers technologiques ou professionnels.

Les dispositifs de réorientation en cours ou en fin de L1 jouent aussi un rôle important. Grâce au système LMD, il est désormais plus simple de passer d’une Licence générale à un BUT, à un BTS (via Parcoursup ou des admissions parallèles) ou à une autre mention de Licence, sans perdre tous ses acquis. Des passerelles interdisciplinaires existent entre, par exemple, une L1 Sciences de la vie et une L1 STAPS, ou entre une L1 Économie-Gestion et une L1 AES (Administration économique et sociale). N’hésitez pas à solliciter les services d’orientation et d’insertion de votre université : ils vous aideront à analyser vos résultats, vos motivations et les opportunités offertes par le schéma LMD.

Cycle master : spécialisation académique et recherche appliquée

Master recherche versus master professionnel : distinction opérationnelle et débouchés

Le deuxième cycle du LMD, le Master, marque une étape de spécialisation avancée. Organisé en deux années (M1 et M2), il totalise 120 crédits ECTS supplémentaires après la Licence. Historiquement, on distinguait deux grandes orientations : le Master “recherche” et le Master “professionnel”. Le premier préparait prioritairement à la poursuite en Doctorat et à une carrière académique, tandis que le second visait une insertion rapide sur le marché du travail (cadres, ingénieurs, consultants, managers, etc.).

Aujourd’hui, la frontière entre les deux s’est quelque peu estompée, même si la distinction reste utile pour comprendre la logique de certaines formations. Un Master à dominante recherche comportera davantage de séminaires scientifiques, de méthodologie de la recherche et un mémoire plus conséquent. Un Master à dominante professionnelle insistera sur les compétences opérationnelles : projets en lien avec des entreprises, études de cas, certifications, cours assurés par des professionnels. Dans les deux cas, le Master constitue un niveau clé pour l’employabilité : en France, le taux d’insertion à 30 mois des diplômés de Master dépasse régulièrement 90 % dans de nombreuses mentions, selon les enquêtes ministérielles.

Mémoire de recherche, stage long et soutenance : évaluation du M2

Le M2, dernière année du cycle Master, est généralement structuré autour d’un projet majeur qui conditionne l’obtention du diplôme. Dans un Master orienté recherche, il s’agit d’un mémoire de recherche réalisé sous la direction d’un enseignant-chercheur, au sein d’un laboratoire ou d’une équipe de recherche. Vous y apprenez à formuler une problématique, à construire un cadre théorique, à mettre en œuvre une méthodologie (enquêtes, expérimentations, analyses de données) et à discuter vos résultats. La soutenance orale devant un jury permet d’évaluer vos capacités d’analyse, de synthèse et de communication scientifique.

Dans un Master à dominante professionnelle, l’élément central est souvent un stage long (4 à 6 mois, parfois davantage) en entreprise, en collectivité territoriale, en ONG ou en administration. Ce stage donne lieu à un rapport écrit et à une soutenance qui articulent votre expérience de terrain avec les apports théoriques du cursus. De nombreuses formations proposent aussi l’alternance (contrat d’apprentissage ou de professionnalisation), qui alterne périodes à l’université et périodes en entreprise. Dans tous les cas, le M2 constitue une sorte de “pont” entre l’université et le monde professionnel ou la recherche, et sa validation repose sur un équilibre entre notes d’UE, qualité du mémoire ou du rapport de stage et réussite à la soutenance.

Accréditation des formations et habilitation ministérielle : rôle du HCERES

Pour garantir la qualité et la lisibilité des Masters, l’État encadre strictement l’accréditation des formations. Les universités et écoles doivent déposer des dossiers détaillant les objectifs pédagogiques, les contenus, les partenariats, les débouchés et les moyens mis en œuvre. Ces dossiers sont évalués par le HCERES (Haut Conseil de l’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur) et par les services du ministère. L’habilitation à délivrer les diplômes de Licence, Master et Doctorat est accordée pour une période limitée (souvent 5 ans), puis réexaminée.

Pour vous, étudiant, cela signifie que les diplômes nationaux que vous préparez bénéficient d’une garantie de qualité et d’une reconnaissance officielle. Les rapports d’évaluation du HCERES sont d’ailleurs publics : ils peuvent vous aider à comparer les formations, à apprécier la solidité des équipes pédagogiques, la place donnée aux stages, à l’international ou à la recherche. C’est un outil précieux lorsque vous hésitez entre plusieurs Masters dans des universités différentes.

Sélectivité à l’entrée du master : jurisprudence et réglementation depuis 2016

L’accès au Master en France a longtemps été un sujet sensible. Avant 2016, la sélection se faisait souvent entre le M1 et le M2, ce qui laissait certains étudiants dans une situation d’incertitude après la première année. Depuis la réforme de 2016 (loi n°2016-1828 relative à l’orientation et à la réussite des étudiants, complétée par des décrets et par une jurisprudence fournie), le principe est désormais clair : la sélection s’effectue à l’entrée du Master, c’est-à-dire entre la Licence (bac+3) et le M1.

Concrètement, les établissements examinent votre dossier (notes, parcours, expériences, projet professionnel) et peuvent organiser des entretiens. En contrepartie, la loi prévoit un droit à la poursuite d’études en Master : si vous êtes titulaire d’une Licence française et que vous n’obtenez pas de réponse positive dans les Masters visés, vous pouvez saisir le rectorat qui vous proposera au moins trois formations compatibles avec votre projet, dans la limite des capacités d’accueil. Pour préparer au mieux cette étape, il est crucial d’anticiper dès la L2 ou la L3 : améliorer vos résultats, soigner vos expériences (stages, engagement associatif), et travailler votre projet dans votre CV et votre lettre de motivation.

Doctorat et écoles doctorales : formation par la recherche scientifique

Inscription en thèse : financement par contrats doctoraux, CIFRE et allocations de recherche

Le Doctorat, troisième cycle du LMD, correspond à une formation par et pour la recherche d’une durée minimale de trois ans à temps plein. Contrairement à la Licence et au Master, l’inscription en thèse suppose presque toujours l’obtention d’un financement. Le plus courant est le contrat doctoral, un contrat de travail rémunéré d’une durée de trois ans, financé par l’État ou par un établissement de recherche. Il existe aussi les conventions CIFRE (Conventions industrielles de formation par la recherche), qui vous permettent de réaliser votre thèse en partenariat avec une entreprise, en étant salarié de cette dernière.

D’autres sources de financement sont possibles : bourses régionales, allocations d’organismes de recherche (CNRS, INRAE, INSERM, etc.), financements européens ou internationaux. Pourquoi cet accent sur le financement ? Parce que le Doctorat est un véritable emploi scientifique, qui implique une charge de travail importante (recherches, publications, communications dans des colloques, éventuelles charges d’enseignement). Disposer d’un financement sécurisé vous permet de mener vos travaux dans de bonnes conditions, sans dépendre d’emplois précaires à côté.

Encadrement doctoral : directeur de thèse, comité de suivi individuel et évaluation annuelle

Le cœur du Doctorat est la relation d’encadrement doctoral. Chaque doctorant est rattaché à un directeur de thèse (parfois co-encadré par un second directeur), enseignant-chercheur ou chercheur habilité à diriger des recherches (HDR). Ce directeur vous accompagne dans la définition de votre sujet, le choix de vos méthodes, la valorisation de vos résultats. Afin de prévenir les situations de blocage, le système LMD a prévu des garde-fous : le comité de suivi individuel (CSI), composé de chercheurs extérieurs à la direction de thèse, se réunit au moins une fois par an pour faire le point sur l’avancement, les difficultés éventuelles et le respect des droits du doctorant.

Chaque année, le renouvellement de votre inscription en Doctorat est subordonné à une évaluation annuelle par l’école doctorale, sur la base des rapports du directeur de thèse, du CSI et de vos productions scientifiques. Cette logique d’évaluation continue s’inscrit pleinement dans l’esprit du LMD : elle vise à garantir la qualité scientifique des thèses, mais aussi à accompagner les doctorants dans la construction de leur projet professionnel, qu’il soit académique (maître de conférences, chargé de recherche) ou non académique (R&D, consulting, innovation, data science, etc.).

Écoles doctorales thématiques : organisation et rattachement aux unités de recherche

Les thèses ne s’effectuent pas en “vase clos” : elles sont structurées au sein d’écoles doctorales (ED), généralement thématiques (sciences de la vie, mathématiques et informatique, sciences humaines et sociales, droit, économie, etc.). Chaque école doctorale regroupe plusieurs unités de recherche et coordonne la politique de formation et d’encadrement des doctorants. Elle propose un catalogue de formations transversales (méthodologie, intégrité scientifique, gestion de projet, valorisation des résultats, compétences transférables) et discipline-specific.

Le rattachement à une école doctorale vous offre un cadre collectif : séminaires de doctorants, journées d’étude, réseaux de pairs, accès à des formations à la pédagogie si vous enseignez. Dans la logique LMD, les écoles doctorales jouent un rôle similaire à celui des mentions et parcours en Licence et Master, mais à un niveau de spécialisation plus poussé. Elles sont aussi un interlocuteur clé pour vos démarches administratives, votre suivi de carrière et la préparation de l’après-thèse.

Mobilité internationale et reconnaissance des diplômes LMD

Programmes erasmus+ et accords bilatéraux : transfert de crédits entre universités européennes

La mobilité internationale est l’un des piliers du système LMD. Grâce à des dispositifs comme Erasmus+, vous pouvez effectuer un semestre ou une année d’études dans une université partenaire européenne, tout en restant inscrit dans votre établissement d’origine. Avant le départ, un learning agreement (contrat d’études) précise les UE que vous suivez à l’étranger et leur équivalence en crédits ECTS dans votre formation. À votre retour, les crédits obtenus sont intégralement reconnus, sans rallongement de vos études, dès lors que vous avez respecté le contrat.

En parallèle d’Erasmus+, de nombreuses universités ont signé des accords bilatéraux avec des établissements en Europe et dans le monde (Canada, Japon, Brésil, etc.). Là encore, le système de crédits ECTS facilite la conversion et la reconnaissance des résultats. Vous vous demandez si un semestre à l’étranger “vaut le coup” ? Au-delà de l’enrichissement linguistique et culturel, les enquêtes montrent qu’une expérience internationale valorise fortement un CV, surtout à l’heure où les entreprises recherchent des profils capables de s’adapter à des environnements multiculturels.

Équivalences de diplômes hors espace européen : procédure de validation par les ENIC-NARIC

Qu’en est-il de la reconnaissance des diplômes LMD hors de l’espace européen de l’enseignement supérieur ? C’est ici qu’intervient le réseau ENIC-NARIC, qui regroupe des centres nationaux d’information sur la reconnaissance académique et professionnelle des diplômes. En France, le centre ENIC-NARIC délivre des attestations de comparabilité : ces documents situent votre diplôme LMD dans le système éducatif français et proposent une correspondance avec les cadres étrangers. Ils sont souvent demandés dans le cadre de candidatures à l’étranger, d’inscriptions en université ou de procédures d’immigration qualifiée.

La démarche s’effectue en ligne et implique la fourniture de vos diplômes, relevés de notes et parfois de descriptifs de formation. Attention : l’attestation ENIC-NARIC ne constitue pas une “équivalence automatique”, mais un avis expert sur le niveau de votre diplôme. Chaque université ou employeur reste libre de ses critères, mais ce type de document joue un rôle de référence et renforce la visibilité internationale du schéma Licence-Master-Doctorat.

Double diplôme et cursus intégrés : exemples franco-allemands et partenariats internationaux

Enfin, le système LMD a favorisé l’essor des doubles diplômes et des cursus intégrés. Dans un double diplôme, vous suivez un parcours conçu conjointement par deux établissements (par exemple une université française et une université allemande) et, à l’issue, vous obtenez deux diplômes nationaux reconnus dans chaque pays. Les programmes franco-allemands coordonnés par l’Université franco-allemande (UFA/DFH) en sont une bonne illustration : les étudiants partagent leur temps d’études entre les deux pays, avec une parfaite articulation des crédits ECTS.

Les cursus intégrés vont parfois encore plus loin, en fusionnant partiellement les maquettes pédagogiques pour proposer un parcours unique menant à un grade commun ou conjoint. On trouve ce type de dispositifs dans les domaines du droit (double diplôme franco-espagnol ou franco-italien), de l’ingénierie (parcours franco-canadiens) ou du management (programmes trinationaux en Europe). Pour vous, ces formations représentent un investissement important en termes de mobilité et de travail, mais elles offrent un atout considérable : une double culture académique, une insertion professionnelle facilitée dans plusieurs pays et une parfaite démonstration de ce pour quoi le système LMD a été conçu : rendre les parcours vraiment transnationaux et lisibles à l’échelle internationale.

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